LETTRE DE BALTHAZAR (20)

de Buenos Aires à Piriapolis (Uruguay)

du Dimanche 7 Novembre 2010 au Dimanche 28 Novembre 2010.

La musique sensible et rythmée de Buena Vista Social Club emplit la douceur du carré. Il est 6 heures locales (TU-3) ce Mardi 9 Novembre. Les vents forts et la pluie abondante de la veille ont cessé. Le ciel s’éclaircit mais le front froid arrivé la nuit précédente comme annoncé lors de notre arrivée a fait brutalement chuter la température en journée de 30°C à 17°C. Il maintient une température fraîche aujourd’hui (11° dehors au petit matin). J’écris cependant ces quelques lignes en pyjama, survêtement et pantoufles dans l’ambiance douillette du carré bien chauffé.

A 5h15 la lancha (petite embarcation de liaison) du yacht club emmenait les deux Claude ainsi que Bénédicte et Bertrand (Duzan) arrivés hier par avion de Paris. Ils quittaient le bord pour une escapade et randonnée de 8 jours vers El Calafate (du nom de cette herbe de Patagonie que les marins de Magellan ont immédiatement sélectionnée pour calfater leurs nefs qui faisaient eau), les environs du Fitz Roy et des Torres de Paine. Claude Laurendeau regagne quant à lui ses pénates après cette belle descente de plus d’un mois le long des côtes sud américaines. Malgré la pluie nous avons passé hier une journée très agréable et très appréciée de tous:

- arrivée des Duzan à l'heure hier matin

- pour moi le matin papiers dans les bureaux de l'immigraçion, des Aduanas et de la Prefectura, guidé très gentiment par un de nos amis argentins rencontrés à Rio grande, Gastòn, venu me prendre en voiture (sans lui cela aurait été la galère...)

- à midi déjeuner offert par El Capitàn dans la salle très cozy et chic, style club britannique, du Yacht Club Argentino, jolie construction au milieu des arbres fleuris, admirablement placée face à l’avant port qu’un canon installé vise depuis sa terrasse pour donner le départ des régates. C’est en effet une vieille tradition à bord de Marines et maintenant de Balthazar suivant laquelle le Capitaine offre aux valeureux équipages sur le point de quitter le bord un bon déjeuner dans un endroit choisi.

- bateau bien chauffé et douillet, musique, lecture, sudoku, photos (Bertrand m’a offert un très joli livret de photos de son parcours Jacaré/Angra dos Reis agrémenté d’extraits de la lettre de Balthazar correspondante),thé, tisanes et repos l'après midi ventée et pluvieuse.

- soirée au Bar Sur (prononcer Sul) avec un excellent spectacle de Tango, chants et bandéons dans une ambiance intime et chaleureuse. Nous étions fascinés par la sensualité des deux danseuses aux jambes magnifiques qui virevoltaient, enlaçaient leur cavalier ou s’élevaient au ciel en s’échappant de leurs robes fendues ; Bénédicte quant à elle semblait plutôt s’intéresser aux deux beaux et ténébreux hidalgos sanglés dans leur costard d’époque. Parmi les musiciens deux personnages pittoresques au sens propre attiraient les regards, que mon beau-frère Jean (Morel) aurait sans doute très bien croqué comme il l’a si bien fait avec des joueurs de jazz ; l’un joueur de bandéon excellent, un feutre noir au ras des yeux, costard noir, peau mal rasée et très brune , donnait par sa gestuelle et son visage une dimension supplémentaire à sa musique pénétrante, l’autre, pianiste, grand personnage presque chauve, au grand nez et doté de très longs doigts qui parcouraient à toute vitesse un clavier semblant devenu soudain trop petit.

Mon espagnol se derrouille progressivement, aidé par la lecture intensive et répétée de mon vieil Assimil, modèle années 60.

Nous sommes épatés par Buenos Aires que nous découvrons : très belle et grande ville, belles et larges avenues, immeubles de classe, édifices et palais impressionnants, floraison de gratte ciels récents à l’architecture moderne élégante, forte animation dans les rues, embouteillages, nuées de bus et de camions fonçant à vive allure, librairies avec des profusions de livres de tous genres et disciplines. Cette ville fondée en 1537 par Pedro de Mendoza soutient largement la comparaison avec les plus belles capitales européennes, sans toutefois une histoire aussi riche. Lyon et Marseille font presque village à côté. Avant hier soir nous avons pris une collation avec les deux Claude au Café Tortini, célèbre et plus ancien café de la capitale : salle à colonnes, décoration 1900, tableaux, portraits et mannequins de célébrités argentines des arts et lettres qui le fréquentaient.

Aujourd'hui je vais profiter du calme pour faire du ménage, nettoyer le frigidaire, faire tourner le lave linge, nettoyer les bacs à eaux grises et faire différents bricolages. Vaquer quoi !

En fin d’après midi j’invite à bord pour le ti’punch l’équipage d’une grosse goélette de 24m en acier « Mar y Pôles » immatriculée à Lyon qui est arrivée hier. Manu, le skipper, sympathique et robuste marin d’une quarantaine d’années, part faire du charter en Antarctique où il est allé plusieurs fois. Il est accompagné d’un personnage haut en couleurs, Guittou, chti à couper au couteau, ancien prof de maths à la retraite, le gosier particulièrement en pente (il a quitté le bord pas très clair lesté de trois ti’punch costauds avant d’enchaîner la soirée à bord de la goélette au vin rouge) la blague et la chanson (les chansons chti, on n’en touche pas une !) à chaque instant au bord des lèvres, n’arrêtant pas de déconner quoi.

Ils m’emmènent à leur bord partager le dîner avec les trois jeunes marins en formation, très sympathiques, costauds et à l’esprit fin, qui complètent l’équipage et les aident à entretenir et remettre en état ce grand et lourd (déplacement 68 tonnes !) bateau (plan Presles) récemment acheté mais vieux d’une trentaine d’années. Le fort sympathique skipper du fameux Podorange, bateau également en acier, bien connu parmi les voiliers charters au Cap Horn et en Antarctique, qui se trouve également de passage dans une marina un peu au Nord de Buenos Aires, nous rejoint. Soirée très chaleureuse et pleine d’enseignements pour moi sur l’objectif principal de la croisière de Balthazar, émaillée des éclats de Guittou affublé d’un foulard de pirate sur le crâne pour cacher une blessure qu’il s’est faite en traversant à l’horizontale dans le mauvais temps le carré trop large et allant piquer une tête dans la cloison d’en face. Le fameux Guittou termine sa soirée en nous faisant chanter la javanaise avant de s’effondrer sur les coussins.

La goélette a son lot de problèmes à traiter : des bactéries dans le gasoil qui perturbent sérieusement les deux Perkins de 135CV (comme celui de Balthazar) qui entraînent les deux arbres d’hélice, jeu de voiles neuves mais déjà partant en lambeaux (fabriquées en Chine et de mauvaise qualité l’exercice de la garantie est un vrai casse-tête. Pourtant il lui faut impérativement récupérer un nouveau jeu à Ushuaia car il serait plus qu’hasardeux de se lancer dans la traversée du Drake avec ces torchons), pilote automatique unique et divaguant qui les obligent à barrer pratiquement tout le temps plus tous les autres problèmes et travaux de remise en état que l’on devine. Ils ont encore un gros boulot pour remettre cette goélette en parfait état opérationnel.

Samedi 13 Novembre 10h15. JP (Merle) et Maurice (Lambelin) ont rejoint le bord avant-hier et hier. André doit se remettre de l’opération d’une hernie et nous rejoindra je l’espère à Ushuaia. A larguer les amarres par beau temps et brise du Nord. Nous retrouvons les eaux chocolat et encombrées du Rio de la Plata en route pour Piriapolis, au Sud de Montevideo en Uruguay, rive Nord du Rio.

Vous vous demandez bien quelle mouche nous a piqués pour retourner en Uruguay au lieu de faire route directement vers Mar del Plata et le Sud comme prévu.

Et bien, nous allons, suivant les informations d’un breton arrivé de Piriapolis peu après nous au Yacht Club Argentino, y faire usiner des embouts adaptateurs (les pas de vis des bonbonnes de gaz n’étant pas standard j’en profiterai pour me faire faire un jeu couvrant l’Amérique du sud et les USA) et faire remplir en propane notre première bonbonne qui touche à sa fin (85 jours de bateau). Cela a été impossible de le faire à Buenos Aires, soi-disant pour des problèmes de sécurité (il faut reconnaître que notre filetage extérieur des bonbonnes de gaz est bizarre, en tout cas interdit en Argentine !) ! Cela rallongera la route d’une cinquantaine de milles mais je ne puis me permettre de partir pour le Sud sauvage sans avoir les deux bonbonnes pleines.

Bouteille rechargée j'aurai, avec la seconde, le gaz suffisant pour revenir en Guyane ou en Martinique si Mimiche ne fait pas trop de pâtisserie.

Le vent passe au Sud Est, pile sur la route, durant l’après midi, force 5. Après une navigation au près et en tirant des bords une bonne partie de la nuit et de la journée de Dimanche le vent fraîchit force 6 à l’approche de Piriapolis. A rentrer le génois et dérouler le Solent car nous sommes toujours vent de bout. Caramba ! le Solent commence à se dérouler puis l’enrouleur se bloque. Ne trouvant aucune anomalie visible nous l’enroulons en sentant des points durs et terminons l’approche sous génois et grand voile réduits. En approchant du port l’eau s’aplatit et la marche s’accélère. A rentrer les voiles avant de rentrer plein pot dans le petit port bien abrité par 34°52’S et 55°17’W.

Nous accostons à la place voisine de SHAG 2, le bateau en alu de Marc Chocat que nous avons rencontré à Fernando de Noronha, puis qui nous a suivi à Jacaré et avec qui nous sommes restés en contact. Il m’avait informé qu’il faisait escale ici pour caréner son bateau et y faire divers travaux d’entretien et de réparations. Un voilier qui court des milliers de milles (Balthazar arrosera ses 20.000 milles dans une dizaine de jours, soit presqu’un tour de la terre en un peu moins de 2 ans et demi) requiert beaucoup de soins pour le maintenir en bonnes conditions opérationnelles malgré l’environnement très dur de la mer et du vent.

A côté se trouve Fernande, un ancien voilier de course transocéanique, fameux en son temps, il y a une bonne vingtaine d’années. Le long du quai le pavillon français domine très largement comme d’ailleurs un peu partout où l’on rencontre les vagabonds des mers.

J'ai trouvé effectivement ce que je suis venu chercher: un ancien convoyeur de bateaux (plusieurs dizaines de traversées transocéaniques) récemment converti en shipchandler, très sympathique et dégourdi, Alejandro, qui doit me faire usiner les embouts adaptateurs de remplissage de ma bouteille de gaz de 13kg et se charge également de me la faire remplir.

Lundi 15 Novembre. Je monte en tête de mât pour examiner la tête de l’enrouleur. L’émerillon qui permet la rotation de l’enrouleur se bloque dès que l’on met la drisse sous tension, mais tourne correctement dès qu’on la relâche, révélant un roulement endommagé. En outre la bague qui lui est relié et qui reçoit le point de drisse du solent, tout en le guidant dans la gorge de la ralingue, est bloquée dure. Il va bien falloir pourtant dérouler et descendre le solent pour remplacer la tête de l’enrouleur.

Le blocage de l’émerillon a créé au moment de l’enroulement un très gros effort en rotation qui a réussi à faire sortir le guide en caoutchouc dur de la bague de son rail (en fait il y a deux rails parallèles pour pouvoir gréer éventuellement deux voiles sur cet enrouleur), créant son blocage total. Il me faut au maillet en caoutchouc dur, millimètre par millimètre faire tourner la bague et réintroduire ainsi après un long travail les deux guides dans les deux gorges ; il était temps d’y arriver car les cuissardes pourtant bien larges du baudrier dans lequel j’étais suspendu longuement en tête de mât commençaient à me faire souffrir. Ouf ! drisse relâchée nous pouvons dérouler le solent et l’affaler, la bague de l’émerillon coulissant à nouveau correctement.

BALTHAZAR va devoir rester ici le temps nécessaire pour remplacer cette pièce. Pourtant le fournisseur, FACNOR, est un des leaders de ce marché et équipe d’enrouleurs beaucoup de bateaux de grande croisière ou de course. Je ne veux pas en effet me risquer dans les quarantièmes rugissants avec un enrouleur de solent défaillant, indispensable pour remonter au vent dans la grosse brise (je suis dans la dernière région bien fournie et desservie avant de descendre vers les contrées sauvages du détroit de Magellan et la Patagonie).

Mardi 16 novembre. Le réveil sonne dans ma cabine. Il est 4h15 et je veux parler aux techniciens de Facnor dès l’ouverture de l’usine et des bureaux installés à St Vaast la Hougue (Cotentin). Contact établi ils sont rapidement d’accord avec moi pour changer la pièce et la remplacer par une avec un dimensionnement supérieur, la version dont je dispose venant d’être remplacée par une version nouvelle et plus résistante. Remplacement gratuit bien que j’aie maintenant largement dépassé le délai de garantie, mais Facnor veut visiblement effacer cette erreur de leur part qui, comme je leur fait remarquer, aurait pu me mettre dans une situation difficile plus au Sud. Ils m’expliquent également la procédure pour déposer le tambour inférieur de l’enrouleur et le bossage qui permet de guider la ralingue quand on renfile le solent dans la gorge du tube de l’enrouleur, afin de pouvoir faire l’échange de l’émerillon et de sa bague. Mercredi 17 je reçois un courriel en milieu de journée m’informant que la pièce a quitté l’usine entre les mains de Fedex (Federal Express) et me donnant la référence permettant de suivre son acheminement. Croisons les doigts pour les délais de transports et douanes !

Nous suivons effectivement par Internet la progression de la pièce. Quand je dirigeais Arianespace j'avais déjeuné au siège de Fedex (à Dallas si je me souviens bien) avec son patron et fondateur, ancien pilote de la guerre du Vietnam qui a su monter cette remarquable entreprise à l'échelle mondiale. Il envisageait à l'époque de commander et faire lancer ses propres satellites de Telecoms pour acheminer les dizaines de milliers de données leur permettant de gérer en temps réel l'acheminement d'une infinité de colis à travers le monde. Et bien, notre pièce a transité la nuit dernière par Memphis où se trouve leur hub (plateforme logistique permettant de concentrer puis redispatcher à travers le monde les colis qui leur sont confiés) et la livraison à Piriapolis est annoncée pour Mardi 23. C'est bien tard mais nous n'y pouvons rien.

Samedi 20 Novembre. La pièce attendue est arrivée à l’aéroport de Montevideo aujourd’hui mais, compte tenu du week-end, nous ne l’aurons que Mardi 23 comme annoncé, car les papiers ne pourront être remis aux douanes que Lundi.

Après une séquence de vents forts et relativement froids ces jours derniers nous avons profité hier et aujourd'hui d'un temps d’été et la température est bien remontée. En trafiquant sur le pont et dans les coffres arrières j'ai largement parachevé mon bronzage; mon crâne chauve chauffe même un peu ce soir.

Nous profitons de cet arrêt forcé dans cette station balnéaire pour faire des travaux d'entretien ou d'améliorations sans cesse reportés quand la priorité est la navigation et nous ne chômons pas. L’étai du solent a été détaché de son point d’ancrage, le tambour d’enrouleur retiré et la tête d’enrouleur déposée. La remise en place avec la nouvelle pièce devrait être rapide.

Nous profitons de ce beau temps pour manger à midi au restaurant : hier une excellente et riche paella, aujourd’hui la fameuse parilla. Le garçon apporte un énorme plat rempli à ras bords de morceaux délicieux de travers de bœuf, de boudins, de gros morceaux de mouton et de poulet, de rognons, de saucisses, le tout parfaitement grillé. Connaissant leur propension à servir très généreusement nous avions commandé pour nous trois la parilla pour deux personnes de la carte. Malgré notre fort penchant pour les viandes nous n’arrivons à ingurgiter qu’au maximum les 2/3 du plat et nous ramenons à bord un doggy bag rebondi qui nous fera encore un plat copieux ! Oui la viande de ces pays d’élevage est délicieuse et bon marché en particulier pour les détenteurs d’Euros.

Pour digérer cette parilla nous allons marcher au soleil le long de la digue extérieure du port. Nous observons avec curiosité un couple de lions de mer. Sorte d’otaries géantes ces bêtes puissantes font environ 2,5m de longueur pour un poids de l’ordre de 250 à 300 kg, les mâles étant dotés d’une sorte de crinière longue mais à poils courte. Nous les regardons se dresser hors de l’eau, propulsés par leurs puissantes nageoires pour se rétablir sur la plateforme d’une barge mouillée dans le port, dominant l’eau d’un bon mètre. Lorsque leurs palmes coudées se sont mises à plat sur la plateforme un rétablissement besogneux accompagné de grognements caverneux semblables à ceux des lions permet à ces lourdes bêtes de se hisser pour aller ensuite se vautrer et se dorer au soleil.

Mardi 23 Novembre. Au lieu de recevoir la pièce je reçois une belle enveloppe de Fedex me donnant les documents pour aller la chercher à l’aéroport, alors que Samedi après-midi la personne qu’avait eu au téléphone Alejandro lui avait indiqué qu’elle remettait les papiers à la douane Lundi et qu’elle nous livrerait la pièce Mardi ! Furieux de ces salades et du temps perdu je me lève dès potron minet Mercredi pour aller prendre à la gare routière l’autocar pour l’aéroport de Montevidéo et m’occuper directement du retrait de la pièce. Caramba ! un douanier gêné m’annonce dans son superbe bureau du Terminal de Cargas de l’aéroport qu’ils sont en grève ! Nous sommes piégés. Retour au bateau par un temps d’été insolent. La liste des travaux sur le bateau s’épuise (ce qui est exceptionnel !). Montée au mât pour mettre des protections complémentaires sur les pattes agressives supportant le radôme du radar, reprise de quelques surliures, remise en ordre des protections anti ragage en cuir sur le tangon, protection du mécanisme de la mâchoire du tangon des embruns,…

Vendredi matin je retourne de bonne heure en car, en compagnie de JP, au terminal des cargas de l’aéroport de Montévidéo. Il y a un petit espoir, d’après le journal El Paìs que les négociations qui se déroulent avec le gouvernement aboutissent. Las, l’Assemblée Générale des personnels décide en milieu de journée la poursuite du mouvement et, en prime, le week end arrive ! Je réussis à m’entretenir vers 14h30 avec la Directrice du bureau, femme autoritaire qui donne des dérogations pour faire sortir quelques colis prioritaires (médicaments, denrées périssables…). Celle-ci voyant que je suis français prend tout de suite un ton sympathique et me met à l’aise en m’indiquant que je peux m’exprimer dans ma langue. En quelques mots je lui explique que je me trouve dans une situation critique, étant bloqué depuis près de deux semaines par une pièce de sécurité de mon voilier qui s’est rompue, et que la malchance a voulu que la pièce de remplacement sous garantie soit arrivée dans l’entrepôt le jour du commencement de la grève, ce qu’elle vérifie. Je me trouve donc aujourd’hui pris en otage (je joins le geste à la parole en joignant mes deux poignets comme si j’avais des menottes) alors que ma famille va arriver en avion au Chili.

Après quelques questions sur la nature et le poids de la pièce (heureusement l’émerillon de l’enrouleur, en alu, ne fait que 1,5 kg) et l’examen des documents de transport et le certificat que j’avais amené de la Prefectura de Piriapolis attestant que BALTHAZAR s’y trouvait bien dans le port, elle me délivre l’ordre de me remettre la pièce. Après quelques inquiétudes dans un dédale de bureaux et de tampons nous finissons par nous faire remettre notre carton dans l’énorme entrepôt où dorment des milliers de colis. Ouf ! nous retournons au bateau à l’heure du dîner et j’offre à l’équipage pour fêter la fin de cette épisode une parilla toujours aussi copieuse.

Dimanche 28 Novembre, 11 heures. BALTHAZAR double le musoir de sortie du port, heureux avec son équipage de reprendre enfin la mer. Hier le remontage de l’enrouleur s’était passé sans difficultés et nous avions fixé notre départ à ce matin pour laisser passer la nuit dernière un épisode de vents contraires et forts. Apéritif dînatoire très chaleureux hier soir à bord en compagnie d’Alejandro, qui en professionnel admire Balthazar, de Marc Chocat de retour de son escale belge et qui va caréner ici son bateau avant de reprendre la mer la semaine prochaine avec Jacques, un équipier français de rencontre, lui-même navigateur solitaire sur un Kirk qu’il laisse pour quelques mois dans le Rio de la Plata. Nous nous retrouverons certainement dans le canal Beagle, à Puerto Williams et très probablement en Antarctique.

Cap au Sud vers les 40ièmes rugissants avec les vœux de buena navigaçiòn et buenos vientos de la prefectura naval à qui nous confirmons par VHF notre départ effectif. Hasta luego.

aux équipier(e)s, parents et ami(e)s qui ont la gentillesse de s’intéresser à nos aventures marines.

équipage de Balthazar: Jean-Pierre d’Allest, Jean-Pierre Merle, Maurice Lambelin